L’art de donner vie à l’animation, selon Raphaëlle Stolz

L’art de donner vie à l’animation, selon Raphaëlle Stolz

La jeune réalisatrice a produit de bout en bout Miracasas, court-métrage sélectionné dans une dizaine de festivals internationaux. La pratique de la peinture est au cœur de sa démarche artistique, dit-elle : « Elle m’est indispensable pour créer de l’harmonie dans ce que fais ». Portrait

Si un premier film occupe toujours une place à part dans l’esprit d’un réalisateur, Miracasas est assurément la grande affaire de Raphaëlle Stolz. Elle y travaille depuis 2015 et aucune étape n’a été franchie sans qu’elle y mette sa patte : production, scénario, dialogues, storyboard, animatiques, colorscript, layout, posings noir & blanc et couleur des personnages, décors (au total 230, tout de même), musique dont elle a imaginé la maquette, retouches d’animations, compositing. Court-métrage de 14 minutes, il a déjà été sélectionné dans une dizaine de festivals, dont ceux, prestigieux, d’Annecy et de Zagreb.

En voici le pitch : dans les années 30, un village perdu d’Amérique du sud souhaite perpétuer d’étranges traditions. Le maire a publié une annonce dans la région : « Cherche cadavre pour agrandir Miracasas ». Fraîchement assassiné, Ernesto est l’heureux élu et participe, malgré lui, à son enterrement carnavalesque. Les villageois réunis célèbrent l’événement avec passion, attendant avec avidité la vie amenée par la mort. C’est sur cette intrigue, combinaison d’ésotérisme et de comédie, que Raphaëlle Stolz a donc bâti son projet.

Au moment d’y réfléchir, elle est alors jeune diplômée de Gobelins après l’avoir été de l’École Émile Cohl, en édition (promotion 2011), et elle vient de terminer une résidence d’écriture pour créer un court métrage TV de la collection jeunesse En sortant de l’école diffusée par France Télévisions. Son court-métrage, Le Salsifis du Bengale, adaptation d’un poème de Robert Desnos, lui apporte les références dont elle avait besoin pour se lancer en tant que réalisatrice. Son goût pour les histoires insolites, ses personnages au trait vibrant comme le sont les décors, le rendu pictural donné à ses animations et la profusion de détails et de couleurs amenés dans tous ses plans retiennent l’attention.

Elle obtient d’abord les aides à la création du CNC. Puis elle décroche en 2016 la bourse d’auteur de film d’animation de la Fondation Lagardère. S’ensuivent d’autres aides du CNC (aide au développement, CVS), des aides régionales (aide de la Région Auvergne Rhône- Alpes) ainsi que celles de parties prenantes suisses, qui entrent en coproduction sur le film : La Radio Télévision Suisse, les fondations Cinéforom et Swiss Films, ainsi que la Loterie Romande. Le film est porté par trois studios : Nadasdy films, à Genève, et Komadoli et Folimage côté français.

Son talent pour l’illustration et la peinture lui ouvre d’autres aventures d’animation. En 2017, par exemple, elle est l’une des 10 décoratrices de La Traversée, long-métrage de Florence Miailhe. Ce conte sur l’exil de deux adolescents, inspiré de l’histoire familiale de la réalisatrice, recouvre un gros pari technique, celui de la peinture animée. Chaque plan d’animation est peint directement sur une plaque de verre placée sous une caméra. Les décors, quant à eux, sont réalisés à la peinture à l’huile, sur papier de soie et feuilles celluloïds qui sont ensuite positionnés sur les plaques de verre placées en arrière-plan. Les décoratrices en produiront plus de 500 ! Coscénarisé par l’écrivaine Marie Desplechin, le film reçoit trois prix au BIAF en Corée du Sud, un à Montréal et une mention du jury au festival d’Annecy, en 2021. Quelques mois plus tôt, courant 2020, Raphaëlle Stolz a été appelée pour les décors de Ernest et Célestine : le voyage en Charabie (2022) de Julien Chheng et Jean-Christophe Roger. Cette fois-ci en animation traditionnelle, elle produit près du tiers des 100 décors clés, les 70 autres étant confiés au couple de chefs décorateurs Zyk et Zaza.

Durant ces six dernières années, Raphaëlle aura toujours gardé Miracasas en ligne de mire. De la fin 2017 à la fin 2021, elle s’y consacrera même exclusivement. Parvenue au bout de son défi de réalisatrice, elle parle de revenir à sa pratique de la peinture à l’huile, qu’elle avait dû mettre en pause. « Peindre, comme jouer de la musique, m’est indispensable pour créer de l’harmonie dans ce que fais », confie-t-elle. « J’ai besoin de ressentir les matières, les textures, le grain du support. Il faut que ça vibre et que mon trait soit lâché pour que le dessin devienne vivant. Pour moi, cette assiduité dans le dessin change la donne. C’est ce que m’a apporté l’École Émile Cohl, notamment dans le cours de sculpture de Pascal Jacquet et dans celui de peinture de Gilbert Houbre. » Elle prévoit une exposition d’ici à la fin 2022, et réfléchira ensuite à son prochain film.

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Ses autres réalisations

  • Décors références en 2D, pour le clip de Stéphane BerlatKing of Sea en VR, octobre 2021.
  • Création de décors ou de personnages :
    Background Designer sur le pilote de la série Chien Pourri (Folivari), mai 2017. Projet : création d’univers basé sur le style de l’illustrateur Marc Boutavant, illustrateur.