Élodie D’Ambrosio, animatrice 3D sur Flow : dans les coulisses d’un film primé

Élodie D’Ambrosio, animatrice 3D sur Flow : dans les coulisses d’un film primé

Publié le 5 mars 2025

Sacré à la fois aux César et aux Oscars, Flow a conquis le monde de l’animation. Élodie D’Ambrosio, animatrice 3D et ancienne étudiante de l’École Émile Cohl promotion 2011, nous raconte son rôle dans la création de ce film exceptionnel

Elodie d'Ambrosio pour Flow  notes animation Flow

Comment es-tu arrivée à travailler sur Flow et quel a été ton rôle précis dans l’animation du film ?

Élodie D’Ambrosio : J’ai fait la connaissance de la directrice de production et du superviseur animation de Flow il y a longtemps en layout 2D chez Michel Ocelot, pour mon stage de fin d’études d’Émile Cohl.  Un jour, ils m’ont proposé de rejoindre la production de Flow qui acceptait les débutants en 3D. J’ai suivi une formation Afdas pour me remettre au point sur Blender et un stage chez Sacrebleu pour me tester et ajuster mon animation aux besoins de la production. 

J’avais plus de 10 ans d’expérience en animation 2D mais Flow a été mon tout premier projet en 3d, j’occupais un poste de junior. J’ai pu travailler sur presque tous les rigs des personnages du film. Nous avions comme brief : l’animatique mise au point par notre réalisateur Gints, les caractères des personnages et le style d’animation précisés par notre superviseur Léo. A partir de là nous pouvions proposer les mouvements et les actings que nous trouvions adaptés aux plans qui nous était confiés : c’était un poste d’animateur assez créatif donc.

Y avait-il des défis particuliers à animer ce projet, notamment sur le plan du style graphique, du rythme narratif ou à la technique temps réel ?

Le fait que le film est muet ! Le spectateur ne fera pas attention aux paroles mais plutôt au posing des personnages et aux subtilités de leurs expressions. 

Le fait qu’il n’y a aucun personnage humain ! Nous avons étudié le « langage animal » propre à chaque espèce. Le style d’animation n’était ni complètement réaliste, ni antropomorphique comme sur un Disney. Notre superviseur Léo le qualifiait de « naturaliste ». Aussi, les fourrures des personnages cachent énormément les détails et nous prêtions plus que jamais attention à la silhouette. Par exemple le chat est tellement sombre qu’on ne voit souvent ressortir que ses yeux, ses oreilles, la ligne globale de son corps et sa queue.

Pour finir, les plans des films de Gints sont très longs en général, le plus long dure 4mn30 !

Quelles ont été tes principales sources d’inspiration pour donner vie aux personnages ?

Les animaux au zoo, les documentaires et vidéos d’animaux diverses sur Internet. Regarder des vidéos de chats sur YouTube toute la journée pour le travail et les analyser, il y a pire comme métier ! D’autre part, notre superviseur animation avait créé un site internet très complet qui décrivait les caractères des personnages, aussi quelques astuces et métaphores utiles pour mieux comprendre et animer les différentes espèces d’animaux.

Peux-tu nous parler d’une scène sur laquelle tu as particulièrement aimé travailler ?

Il y en a tellement ! j’ai bien aimé faire celle où le chat s’approche avec douceur de son ami oiseau et qu’ils contemplent le ciel étoilé ensemble. Aussi le long plan dit « de la chasse d’eau » vers la fin, où le chat est agrippé à une boule de verre. 

Comment as-tu vécu l’expérience de voir le film recevoir un César ET un Oscar ?

C’est incroyable, je savais que le projet était de très grande qualité et j’étais heureuse d’aller travailler dessus tous les matins. Mais je n’imaginais pas qu’un film indépendant allait rencontrer un tel succès à l’international. C’est très encourageant pour les autres auteurs. 

As-tu un conseil pour les étudiants en animation qui rêvent de travailler sur des projets aussi ambitieux ?

Échanger ses savoirs avec ses collègues, rester ouvert aux conseils mais explorer jusqu’au bout sa propre piste créative si on est persuadé qu’elle est intéressante et qu’on a une vision claire de celle ci.