Festival de la BD d’Angoulême 2025 : deux alumni parmi les lauréats

Festival de la BD d’Angoulême 2025 : deux alumni parmi les lauréats

Publié le 24 février 2025

Avec le Prix spécial du jury pour Tommy Redolfi (« Les Météores », avec Jean-Christophe Deveney, Delcourt ») et le Prix jeunesse pour Michaël Crouzat (« Retour à Tomioka », avec Laurent Galandon, Jungle) les Cohliens ont une nouvelle fois brillé au Festival international de la Bande dessinée d’Angoulême. Retour sur la genèse des deux ouvrages et le parcours de Tommy et Michaël depuis leur sortie de l’école.

bd alumni fibd

 

« Les Météores » et « Retour à Tomioka » sont des ouvrages réalisés en binôme. Comment se construit ce type de projet ?

Michaël (Promotion Tex Avery 2006) : « Je travaille dans le milieu de l’animation depuis l’obtention de mon diplôme. Au départ, on m’avait proposé de réaliser le film « Retour à Tomioka », mais cela ne s’est pas fait pour diverses raisons. Laurent Galandon, le scénariste du film, m’a ensuite proposé d’adapter le film en BD, sur la base d’un scénario qu’il avait retravaillé. J’ai ainsi réalisé le prédécoupage, le choix des plans, et le dessin évidemment. C’était un peu comme un exercice de storyboard augmenté. »

Tommy (Promo Moebius 2001) : « J’avais déjà travaillé avec Jean-Christophe Denevey (« Empire falls building », Soleil). Nous avons eu beaucoup d’échanges « ping-pong ». Il y a un seul dessinateur, mais pas forcément un seul scénariste. Cela faisait plusieurs mois que j’avais un archipel d’idées et de personnages en tête, avec une cohérence, mais sans trouver de fil rouge. J’ai envoyé un moodboard de 80 pages à Jean-Christophe, qu’il a détricoté pour en tirer le fil rouge. Ensuite, c’était une série d’échanges pour créer les personnages ».

Mickaël Crouzat
Mickaël Crouzat

 

Quels sont les liens entre la BD et vos autres activités ?

Tommy : J’ai toujours baigné dans un environnement cinéma, mais cela me semblait hors de portée à la sortie de l’école (diriger une équipe, prix du matériel, etc). Je me suis dit qu’avec la BD je pouvais raconter ce que je voulais, sans budget ni équipe. J’ai sorti mon 1er album en 2003, mais j’ai toujours eu envie de faire des films, qui est un art séquentiel, comme la BD. On retrouve d’ailleurs un langage commun entre le monde la BD et le cinéma, avec la notion de plan, de valeur de plan, de dialogue, de colorimétrie, etc.

Michaël :  La BD est une sortie de carrière ponctuelle. Dans l’animation, en est toujours sous le regard du réalisateur. Pour la BD, le dessinateur produit l’image finale. On a donc plus de liberté. C’est aussi plus vertigineux, car on a pas le cadre imposé du cinéma (ex : plan large, 16/9). En BD, chaque planche peut faire l’objet de centaines d’expérimentations, de centaines de code graphiques ou narratifs. Pour « Retour à Tomioka », j’ai opté pour du classique et suis resté finalement assez proche des codes du cinéma.

 

tavaux redolfi crouzat

 

Quels sont vos parcours depuis la sortie de l’école ?

Tommy A côté de la BD, j’ai réalisé mon 1er court métrage en prise de vue réelle, entièrement autoproduit, où je faisais tout. Et j’ai adoré. J’ai notamment fait « La grande évasion », mélange de prise de vue réelle et tournage sur fond vert, avec une sélection au Festival au film de Clermont Ferrand. Je réalise également des clips, et j’ai remporté un concours de scénario en 2016, qui m’a permis de me lancer dans une vraie production. En ce moment, je travaille sur un projet hybride, qui mêle animation et prise de vue réelle. Et le prix à Angoulême va permettre de signer un ou deux albums à venir.

Michaël : Après l’école, j’ai poursuivi avec un diplôme aux Gobelins et suis resté à Paris depuis pour travailler sur de nombreuses productions, tels que « Moi moche et méchant » ou « Ernest et Célestine ». En ce moment, je travaille comme storyboarder sur un long-métrage co-réalisé par Rémy Schaepman et Leahn Vivier-Chapas, pour le studio Folivari.

Tommy Redolfi
Tommy Redolfi

 

Qu’est-ce que votre formation à l’école vous a apporté ?

Tommy : La qualité de l’enseignement et la discipline de travail, même si certains aspects tels que le classement était parfois difficile à vivre. J’ai beaucoup apprécié le fait que tous les étudiants étaient égaux sur la ligne de départ, sans mise en avant de certains profils ayant parfois plus d’assurance que d’autres. J’ai vite progressé grâce à l’école, ce que m’a permis de gagner ma légitimité d’artiste.

Michaël : Le classement pouvait être une source de stress pour ceux qui s’y trouvaient plutôt vers le bas [note de l’école : le classement des étudiants existe toujours mais n’est plus rendu public]. Je reconnais souvent les Cohliens parmi mes collègues de travail, notamment par leur rigueur dans le dessin. L’approche pédagogique tournée vers le dessin académique est extrêmement structurante, et nécessaire. A l’école, j’ai aussi fait de bonnes rencontres parmi les professeurs, et des amis pour la vie