L’actu des alumni // Cédric Babouche, le touche-à-tout

Cedric Babouche

Réalisateur, directeur artistique de films et de jeux vidéo, auteur BD, Cédric Babouche (promotion 2003) se relance joliment à Bordeaux avec son nouveau studio, Un Je ne sais quoi. Portrait.

 

Il a signé l’affiche et le générique de Cartoon Movie 2020, s’apprête à publier une BD jeunesse tiré d’un de ses films d’animation et prépare l’adaptation, en long métrage, d’un jeu vidéo dont il est lui-même l’auteur. Cédric Babouche (promotion 2003) ricoche d’un média à l’autre avec une facilité déconcertante.

Derrière cet éclectisme, il y a d’abord un style bien marqué et cet attachement pour le rêve, la vie intérieure et le goût de la nature dont il s’inspire pour construire ses univers et la psychologie de ses personnages. Et toujours à l’aquarelle, sa technique de prédilection : « Je me suis mis à l’aquarelle dès 14 ans et je ne m’en suis jamais lassé », raconte-t-il. « A l’École Émile Cohl, c’est Jean Claverie qui a débloqué mes automatismes et m’a fait découvrir beaucoup d’artistes pour améliorer ma pratique. Cela m’a aidé, bien sûr. Puis j’ai eu envie d’aller plus loin et d’intégrer le volume, la 3D, à mes dessins. C’est ce qui fait aujourd’hui ma signature ».

 

Diplômé en 2003, il part bille en tête comme réalisateur. Le producteur Ron Dyens (Sacrebleu productions) lui en donne la possibilité : il avait remarqué son film de fin d’études, la Routine, dans lequel un voyageur se laisse entraîner dans ses pensées et bascule dans un monde fantastique, le temps de son trajet en métro. Sacrebleu le produit en festivals : il obtient 20 sélections. Dans la foulée, Dyens le lance sur son second court-métrage – à nouveau basé sur l’introspection et l’imaginaire : c’est Imago, récit du travail de deuil qu’un enfant accomplit par le rêve, face à la perte de son père tué dans un accident d’avion. Le film est sélectionné dans 130 festivals (dont celui d’Annecy et de Cannes) et décroche une dizaine de prix.

 

Cédric Babouche enchaîne alors dans l’audiovisuel. On est en 2005, le réalisateur Philippe Vidal lui propose la série jeunesse qu’il prépare pour France 5, « Bravo Gudule » (Ellipsanime Productions). Il lui offre d’en être le directeur artistique. Les directeurs du studio Def2shoot chargé de la fabrication de la série, Franck Malmin et David Danesi, lui aménagent, de leur côté, des conditions de travail dont il se souvient encore : « J’étais engagé pour travailler à temps partiel sur la série – et superviser près de 60 techniciens d’animation. J’avais l’autre partie du temps pour mener mes propres projets, avec les moyens du studio. Deux ans seulement après ma sortie de l’École Émile Cohl, c’était inespéré. J’ai travaillé ainsi durant un an sur la série, le temps de l’installer, pour embrayer ensuite sur le court-métrage de Charles Burns, pour le film collectif Peur(s) du Noir ».

 

Il franchit ensuite un nouveau cap, celui du premier long-métrage. Le voici nommé assistant réalisateur de Rintaro (Metropolis) pour Yona, la légende de l’oiseau-sans-aile. C’est alors la première coproduction franco-japonaise d’un film d’animation 3D. L’aventure dure trois années, intenses. Il prend le parti, après ça, de conduire ses propres projets avec son propre studio, Dandelooo, créé en 2006.

 

L’un de ses films les plus marquants sera Little Houdini (2014), un long-métrage inspiré par la légende du maître de l’illusion américain dont il réinvente les débuts à New York, à la fin du 19e siècle, sous les traits d’un enfant. Il y a aussi ces projets qui ne voient pas le jour mais qu’il garde sous le coude, comme Travel to Mama, épopée rigolote d’une mamie cambrioleuse qui voit ses plans contrariés par l’irruption d’un gamin de 10 ans : l’histoire sera réinvestie dans Moustique, Cigale et Cambriole.

 

Entretemps, il s’est mis à la BD. Quand d’autres rament avant de trouver le bon attelage, lui signe d’emblée avec l’un des scénaristes les plus capés, Xavier Dorison. Leur collaboration sera Le Chant du Cygne (Le Lombard, 2014), deux tomes sur la Première Guerre mondiale réédités en un volume en 2018. « C’est l’occasion qui a fait le larron », relativise Cédric Babouche. « J’enseignais alors à l’École Émile Cohl, où j’ai fait la connaissance de Xavier Dorison. Nous rentrions parfois à Paris par le même train. C’est lui qui m’a proposé de faire ce livre, impossible de refuser ! ».

 

2018, Cédric Babouche déménage avec sa famille à Bordeaux. Il quitte Dandelooo et crée à nouveau son studio, Un Je ne sais quoi, qu’il fait fonctionner avec cinq autres artistes freelance et quelques intermittents. Avec eux, il lance notamment ses premières expériences en jeu vidéo, des jeux d’aventures et puzzles games élaborés dans les mêmes ambiances colorées, et avec la même recherche de poésie dans ses personnages. Dans Dordogne, le joueur incarne un enfant qui se remémore la maison de sa grand-mère. Dans Mr Tic Toc & The Endless City, on est un petit homme moustachu qui traverse le temps à l’aide de sa « mallette à la Mary Poppins ». Cédric Babouche doit trouver des financements pour aboutir le développement et distribuer les jeux ? Il obtient le soutien de l’accélérateur franco-allemand de startups SpielFabrique et entre en coproduction avec Umanimation, avec qui il espère démarrer Dordogne dès le mois de septembre.

 

Mr Tic Toc, lui, est mis en stand by : un gros producteur a détecté le projet sur Twitter (à partir d’un décor à l’aquarelle en 3D) et proposé à Cédric d’en faire d’abord… un long métrage. L’adaptation a commencé, entre les spots TV qu’il continue de réaliser pour les yaourts Les2Vaches, une carte de vœux pour Total ou encore des masters classes à Bordeaux, au Japon ou au Danemark.

 

Cédric a gardé des liens forts avec l’école, où il a enseigné l’animation durant 12 ans, et avec plusieurs anciens élèves dont il admire le travail : Jaouen Salaun, Caroline Piochon, Pierre Perifel… En décembre 2019, il était venu participer au jury d’examen de la promotion Mary Blair. On attend avec impatience ses prochains films, ses jeux et sa dernière BD. Tirée du film Houdini, elle sera éditée chez Jungle! (Steinkis).

 

 

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