Diplômés du cursus Dessinateur 3D, Lara Freise et Louis Besse vivent désormais à Montréal, et viennent de terminer leur mission sur le nouveau film Bob l’éponge qui sort en salles ce noël. Leur parcours commun – du stage de 3e année jusqu’aux studios canadiens – témoigne des nombreuses opportunités offertes aux jeunes artistes formés à l’École Émile Cohl.
Lara, Louis, vous travaillez aujourd’hui tous les deux chez Bardel à Montréal. Pouvez-vous retracer vos parcours depuis la sortie de l’école ?
Aussi surprenant que cela puisse paraître, depuis notre stage de 3e année jusqu’à aujourd’hui, nous avons eu exactement le même parcours. Cela s’explique par le fait que nous sommes tous les deux animateurs 3D, que nous avons évolué ensemble au même rythme, et que nous choisissons les productions qui portent un intérêt à nos deux profils.
Nous avons commencé par travailler trois ans à Bruxelles en tant qu’animateurs 3D. Durant cette période, nous avons travaillé sur trois films dans trois studios différents :
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Richard the Stork 2 chez Walking the Dog, qui a été le premier studio à nous donner notre chance en tant que stagiaires généralistes 3D, puis en tant qu’animateurs ;
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Night of the Zoopocalypse pour Mac Guff.
Sachant qu’il y avait beaucoup de studios et d’opportunités au Canada, nous avons ensuite commencé à postuler outre-Atlantique et à nous inscrire au tirage au sort du PVT, un permis qui permet aux Français de moins de 35 ans de travailler deux ans au Canada.
Nous avons eu la chance d’être tirés au sort rapidement et d’être ensuite embauchés chez Reel FX à Montréal pour travailler, toujours en tant qu’animateurs, sur SpongeBob – The Search for Squarepants.
Depuis janvier 2025, nous travaillons chez Bardel Montréal sur la suite d’une célèbre franchise qui n’a pas encore été annoncée.
Notre dernière évolution remonte à cet été, où nous avons tous les deux été nommés Character Specialists. Nous sommes toujours animateurs, mais avons désormais la responsabilité de la supervision d’un personnage du film.
Vous avez travaillé sur le nouveau film “Bob l’éponge”, qui sortira cet hiver. Comment de telles opportunités se présentent elles ?
De nombreux films américains se font en partie au Canada, et cela a été le cas pour SpongeBob, qui est une production Paramount/Nickelodeon fabriquée à Reel FX Montréal. Des studios tels que Disney, Sony ou DreamWorks délocalisent eux aussi une partie de leurs productions au Canada.
Se rendre disponible à l’endroit où se trouvent les productions est une première étape essentielle. Dans ce cadre, avoir un permis de travail facilite grandement l’embauche, surtout en début de carrière. Les studios peuvent faire des visas, mais c’est généralement pour des candidats plus expérimentés.
En ce qui concerne la sélection des candidatures, le processus d’embauche est souvent opaque. Nous n’avons toujours pas bien compris ce qui fait basculer la balance en notre faveur, ou au contraire ce qui explique une absence de réponse.
Dans le cas de Reel FX, nous avons aussi contacté plusieurs leads sur LinkedIn pour leur partager notre motivation et leur demander leur avis sur notre bande démo.
Nous avons l’intuition que réussir à se démarquer aide beaucoup. Notre travail sur Night of the Zoopocalypse, qui avait un style d’animation original, nous a certainement aidés. Et d’une production à une autre, les contacts que l’on se fait permettent parfois de se faire rappeler.

© 2025 Paramount Pictures and Viacom International Inc
Qu’est-ce qui vous a marqué dans votre expérience d’animation sur SpongeBob ?
La différence principale concerne le temps de travail et les étapes de validation.
Sur SpongeBob, nous devions produire 4 secondes d’animation par semaine, alors que sur nos expériences précédentes, nos quotas étaient plutôt d’environ 7 secondes. Cela pourrait laisser penser que la qualité est meilleure, mais ce n’est pas nécessairement le cas car il y a davantage d’étapes de validation avant de finaliser un plan.
Un plan peut passer sous les yeux du lead de séquence, des spécialistes personnages, du superviseur d’animation, du head of story, du réalisateur, et parfois de la production. Tous ne donnent pas forcément des retours, mais cela peut créer plus d’allers-retours et d’itérations.
Un autre aspect est le niveau de communication et de retentissement du film. On fait des films pour qu’ils soient vus, donc toucher un large public fait toujours plaisir.
Notre expérience sur SpongeBob a été l’une des meilleures de notre carrière. La qualité du projet, la bienveillance du studio et l’excellente gestion de production nous ont permis de travailler dans un environnement stimulant, avec très peu de stress.
Le style d’animation, très cartoon et proche de la 2D, nous a aussi fait progresser. Nous avons également rencontré des personnes influentes, dont notre superviseur d’animation sur SpongeBob, qui est aujourd’hui notre superviseur chez Bardel.
Enfin, travailler sur SpongeBob est une vraie fierté. Nous étions tous les deux fans de la franchise, et nous avons hâte d’aller voir le film au cinéma à Noël avec nos familles !
Quelles sont vos missions actuelles au sein du studio Bardel ?
Nous sommes animateurs 3D et avons récemment été promus Character Specialists.
Le poste d’animateur 3D consiste à produire l’animation des plans du film, à proposer un jeu d’acteur original tout en respectant les intentions du réalisateur. Nous utilisons le logiciel Maya.
En tant que Character Specialists, nous sommes garants de la cohérence artistique d’un personnage tout au long du film. Nous aidons les artistes à manipuler les rigs, nous donnons des indications artistiques pour rester “au modèle”, nous créons des banques de poses, et nous collaborons avec le rigging pour que leur travail réponde au mieux aux besoins des animateurs.

Qu’est-ce que votre formation à l’École Émile Cohl vous a apporté ?
L’école nous a apporté une formation artistique solide, indispensable pour l’animation. La plupart des métiers des arts visuels sont liés au dessin, et l’animation l’est de très près.
L’approche de l’École Émile Cohl s’est révélée particulièrement judicieuse pour poursuivre une carrière dans l’animation.
Au-delà des compétences artistiques, l’école permet de se créer un réseau grâce aux anciens élèves et aux professeurs.
Elle nous a aussi permis de décrocher notre stage chez Walking the Dog, rencontré lors de la Job Dating. Sans cette opportunité, notre carrière n’aurait probablement pas évolué aussi vite.
Quel conseil donneriez-vous aux étudiants de la formation Dessinateur 3D ?
Il faut se donner le plus d’opportunités possibles : postuler, postuler, postuler. Un contrat dure en moyenne 8 mois, et nous lançons nos démarches pour le prochain dès que nous sommes embauchés, pour garder un maximum d’options ouvertes.
Plus on est mobile, plus on a d’opportunités. Le marché français est très exigeant, avec beaucoup d’artistes talentueux. Être prêt à commencer ailleurs (Belgique, Luxembourg, Espagne, Canada…) peut être judicieux.
D’un point de vue artistique : faites de votre mieux. N’hésitez pas à solliciter des retours de personnes établies dans l’industrie, et à travailler sur des projets personnels pour étoffer votre bande démo. C’est difficile de se démarquer quand tout le monde a les mêmes plans.
Enfin, chaque expérience compte. L’industrie est petite : vous recroiserez beaucoup de personnes avec qui vous avez déjà travaillé. Faites attention à l’image que vous renvoyez : vos collègues ou camarades actuels seront peut-être vos futurs recruteurs.
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