De l'école au Japon : Loïc Locatelli Kournwsky, entre bande dessinée et animation

De l’école au Japon : Loïc Locatelli Kournwsky, entre bande dessinée et animation

Publié le 23 octobre 2026

Storyboards publicitaires, bande dessinée, illustration jeunesse, décors pour l’animation japonaise, développement visuel pour Disney et Netflix… Installé au Japon depuis plusieurs années, Loïc Locatelli Kournwsky, ancien étudiant de l’École Émile Cohl, revient sur un parcours aussi riche que varié.

Il voulait devenir auteur de bande dessinée et illustrateur. C’est un professeur de dessin lyonnais qui l’a poussé à tenter le concours d’entrée de l’École Émile Cohl. Quelques années plus tard, Loïc Locatelli Kournwsky a multiplié les expériences : le storyboard publicitaire, la BD, l’illustration jeunesse, puis l’animation, jusqu’à s’installer au Japon où il travaille aujourd’hui sur la pré-production de séries et de films d’animation.

Dans cet entretien, il évoque ses souvenirs de l’école, ce que chaque métier lui a appris, l’influence de la culture japonaise sur son dessin, ses collaborations avec de grands studios, et il partage quelques conseils précieux pour les étudiants qui rêvent de travailler entre la bande dessinée et l’animation.

Qu’est-ce qui t’a décidé à rejoindre l’école, et que retiens-tu de tes quatre années à l’école ?

J’ai entendu parler de l’école par un prof de dessin de Lyon, qui m’a convaincu de tenter le concours d’entrée après que je lui ai dit que je désirais devenir auteur de BD/illustrateur. Il m’a dit « Loïc, t’as pas trop le choix : si tu veux progresser et te confronter à ce qui se fait de mieux, c’est Cohl ou rien ».

Je retiendrai les rencontres et l’esprit de camaraderie avec les autres élèves. Ils m’ont apporté peut-être autant que les professeurs, et je côtoie et échange encore aujourd’hui avec beaucoup d’entre eux ! Donc ouais, l’émulation artistique au sein même de l’école a été quelque chose de très précieux. Du côté des profs, il y avait évidemment Danièle Blot-Ducreux. Elle a pris sa retraite (bien méritée) maintenant, mais pour les nouveaux élèves qui ne la connaîtraient pas, il faut vous imaginer une sorte de Master Yoda du dessin d’observation, avec un œil hors pair et des réflexions qui font mouche… Ses cours de fusain ont été les plus formateurs de ma carrière !

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Storyboard publicitaire pour la marque Huawei

Le storyboard publicitaire (on te doit notamment le hérisson de l’éponge Spontex !) puis la BD : qu’est-ce que chacune de ces expériences t’a apporté ?

On me doit juste les dessins ! Les idées folles de toutes ces pubs-là sont à mettre au crédit de Gabriel Gaultier, qui a trouvé mes dessins aux hasards d’internet et m’a donné la chance de débuter dans ce domaine. Bosser dans la pub a été une super opportunité, ne serait-ce que pour pouvoir mettre du beurre dans les épinards et me consacrer à mon travail d’auteur en parallèle, ce qui aboutira ensuite à mes débuts dans la BD, etc.

Chacune de ces expériences (j’ai fait du storyboard de pub, de l’illustration jeunesse, de la BD et de l’animation) a un modus operandi différent. En BD ou en illustration, tu es tout seul à bord. Il y a bien sûr les éditeurs qui vont donner leur avis et faire des suggestions sur ton travail, mais ça reste un job assez solitaire, où tu as (à peu de choses près) le contrôle sur tout le processus créatif. L’animation c’est totalement l’inverse, tu dois constamment modifier tes dessins en prenant en considération les desiderata de la chaîne de production, du réalisateur aux investisseurs… Chaque boulot a ses qualités et ses défauts, mais ils permettent tous de rencontrer des gens de tous horizons. Je n’aurais, par exemple, jamais imaginé que je rencontrerais l’auteur du manga Hokuto No Ken (Ken le Survivant) et celui de City Hunter (Nicky Larson) par l’intermédiaire de la société de production pour laquelle je faisais des décors pour une série d’animation.

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décor pour le court-métrage A Girl Meets a Boy and a Robot réalisé par Shinichiro Watanabe

Tu t’es installé au Japon il y a plusieurs années. Comment le fait de vivre et travailler là-bas a-t-il fait évoluer ton dessin et ta manière de travailler ?

Je pensais que ça n’aurait pas d’impact direct sur mon style de dessin, mais je me suis trompé. Vivre au Japon, travailler dans un environnement comme l’animation japonaise influence et nourrit forcément sa façon de bosser. Mes dessins, plutôt inspirés par la scène indépendante européenne, se sont peu à peu « japonisés ». En bossant ici on apprend une manière de travailler qui soit rapide et efficace, il y a toute une grammaire visuelle à assimiler : il faut que le dessin soit compréhensible, simple mais efficace, pour que les équipes décor et les animateurs puissent les redessiner dans tous les angles… C’est difficile de revenir en arrière une fois qu’on s’est approprié ces codes. Mais travailler aux côtés des plus grands décorateurs du Japon (notamment Thomas Romain) a été très très formateur.

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Comment se sont présentées tes collaborations avec Disney et Netflix ? Qu’est-ce qui, selon toi, a attiré ces studios vers ton travail ?

Pour Disney, la rencontre s’est faite par l’intermédiaire d’une connaissance internet. Un auteur américain dont j’admire le boulot. Il pensait que je serais la personne idéale pour l’aider à trouver les premières intentions graphiques de sa série animée, et c’est comme ça que je me suis retrouvé dans le giron des studios Disney.
Pour Netflix c’est un peu différent, c’est juste qu’ils étaient producteurs du film d’animation sur lequel je bossais.

Je ne sais pas ce qui attire les studios vers mon travail, mais j’aimerais le savoir eheh ! Je serais peut-être meilleur pour me vendre/vanter mon profil si c’était le cas… 😉 C’est peut-être parce que mon style est reconnaissable quoi que je dessine, et ma polyvalence pour dessiner à la fois des décors comme des accessoires ou des personnages tout en gardant cette cohérence stylistique…

Concrètement, en quoi consiste ton travail de développement visuel et de décors sur ces projets ?

Je travaille principalement sur ce qu’on appelle la « pré-production ». J’interviens donc au tout début du processus, quand le réalisateur et le studio ont une idée de série/film mais n’ont pas encore de visuels pour accompagner le projet. Je dois donc définir une sorte de cahier graphique, décider du design des lieux principaux de l’intrigue, etc. Le truc qui me plaît le plus, c’est que c’est autant du dessin que de la recherche. Il faut se creuser les méninges pour trouver des formes nouvelles, des idées intéressantes et cool visuellement.

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Quels conseils donnerais-tu à un étudiant de Cohl qui rêve de travailler entre la BD et l’animation ?

Je leur dirais, déjà, de ne pas lâcher. Les grands médias et l’air du temps technophile essayent de les dissuader de dessiner, et de leur faire croire que leur boulot disparaît au profit de l’intelligence artificielle, mais ce n’est pas vrai. Pas vrai du tout.

Je leur dirais ensuite de ne pas se mettre de limite. « Ah, mais je sais pas faire ci, je ne sais pas faire ça. » Ça non plus ce n’est pas vrai. Tout s’apprend : je ne savais pas du tout dessiner des décors avant d’arriver au Japon. Je ne pensais pas que je pourrais bosser dans un pays aux antipodes du mien en ne parlant pas la langue au départ… ou donner des cours de storyboard en Australie…

Il faut rester ouvert à toutes les opportunités, rester curieux, et prendre du plaisir à dessiner. Et ça va rouler !

Le parcours de Loïc illustre ce que peut ouvrir une formation solide en dessin : des cours de dessin d’observation à l’École Émile Cohl jusqu’au développement visuel pour Disney et Netflix, en passant par le storyboard publicitaire, la bande dessinée, l’illustration jeunesse et l’animation japonaise. Une preuve que le dessin mène à de nombreux métiers, en France comme à l’international.

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