Mapping vidéo // Le coup de projecteur de la fête des Lumières sur la jeune création

Chaque année, la fête des Lumières de Lyon célèbre les créateurs de mapping vidéo les plus pointus du moment. Outre l’abondance des installations (80, cette année), la Ville fait le choix de ne retenir que des projets jamais encore programmés, ce qui fait de cet événement un laboratoire à ciel ouvert, scruté par les grandes métropoles. Le coup de projecteur apporté aux artistes peut parfois s’avérer décisif. En 2014, ce fut le cas pour BK, un studio de création alors tout juste créé par Etienne Guiol (promotion 2010) avec quelques autres anciens Cohliens.

 

Cette année-là, en collaboration avec Gilbert Coudène (ÉcohlCité / Les Allumeurs de rêves), il mobilise Angélique Paultes, Arthur Sotto, Arnaud Pottier et leur ancien prof, Marc Dutriez, dans un projet de conception-réalisation d’images de grande envergure, projetées sur les façades voisines du musée des Beaux-Arts et de l’hôtel de Ville. Sans doute le clou du spectacle de l’édition 2014 (voir la vidéo : ici). Pour la plupart, ces jeunes artistes viennent de l’animation et de l’illustration. Ils s’associent les compétences de techniciens du spectacle, de sound designers, de danseurs, de musiciens et de régisseurs lumière. Ce coup d’essai est un coup de maître : BK se taille très vite une réputation internationale.

 

« Au départ, nous intervenions pour le spectacle vivant », explique Etienne Guiol. « Nos créations portaient surtout sur des décors de danse, d’opéra et de théâtre, pour lesquels les supports de nos projections étaient des volumes, des drapés et le corps des artistes. Le projet « Lyon, terre aux lumières » nous a ouvert de nouvelles pistes de mapping vidéo. Aujourd’hui, nous sommes appelés aussi bien pour des monuments comme la cathédrale de Chartres ou la Cité interdite de Pékin, que pour un spectacle du Bolchoï ou des projets événementiels de luxe pour les maisons Hermès, Dolce Gabana et Dior ».

 

© BK studio

 

A l’en croire, le processus créatif est presque à chaque fois le même : celui d’un dessin animé. « J’aborde un projet de vidéo mapping de la même façon qu’un film d’animation, quand j’étais à l’école », raconte Etienne Guiol. « Il faut bâtir un scénario, concevoir des personnages, un storyboard, une animatique, puis créer des séquences les unes à la suite des autres, comme on anime les plans d’un film. Après, la post production en réunit l’ensemble. On crée les transitions et les effets spéciaux. Et comme pour un dessin animé, on travaille la composition musicale à l’image et le sound design. » En moyenne, un projet mobilise six à 10 personnes, sur huit à 12 semaines. Une opération de marque peut facilement égaler le budget de grandes installations scéniques.

 

La tendance est toutefois à une « démocratisation » du mapping vidéo, due à la transformation rapide des équipements informatiques et de projection. Marie-Jeanne Gauthé le confirme, elle qui est une pionnière de la discipline. Et pour cause, elle a mis en lumière tous les concerts de Jean-Michel Jarre. « Le métier a évolué de façon spectaculaire », affirme-t-elle. « C’en est fini de l’artisanat. En 1986, à Houston, j’utilisais des plaques de pyrex auxquelles je faisais subir plusieurs traitements, de peinture et de cuisson, avant de m’en servir de diapositives éphémères. La technologie nous permet de réaliser beaucoup plus de choses, aujourd’hui, à condition d’avoir un discours artistique audible ».

 

Selon elle, les Cohliens ont cette capacité : « Pour ce que j’ai en vu », dit-elle, « vos étudiants ne sont pas formatés comme peuvent l’être des techniciens 3D sans compétences artistiques. Ils ont un bon sens de la narration et ils savent dessiner, donc produire de l’émotion ». A partir de là, le tutorat d’un directeur artistique chevronné peut les amener rapidement à s’exprimer dans un secteur encore confidentiel. Selon Etienne Guiol, seule une trentaine de Cohliens s’y sont aventurés, jusqu’ici.

 

© Gabriel Murgue

Les étudiants s’y intéressent de plus en plus. Parmi eux, Gabriel Murgue vient de faire son baptème du feu. Cet étudiant en fin de 5e année (option cinéma d’animation) a été sélectionné au workshop 2018 organisé à l’automne par les villes de Lyon et Epinal pour mettre en valeur la jeune création. Il a reçu une semaine de formation aux techniques de mapping sur façades de bâtiment. Sa vidéo (deux mois de production) a été programmée durant la fête des Lumières, puis celle d’Epinal (voir le projet : ici). « J’ai découvert une technique que je n’aurais pas abordée autrement », se félicite-t-il. « Je compte bien en refaire après le diplôme ». Au passage, il a mis à contribution deux autres étudiants spécialisés comme lui en animation, Thomas Vivien Raguet (4e année) et Paul Raillard (5e année), ainsi qu’un étudiant du Maaav (master de composition de musique à l’image). Le mapping vidéo nécessite aussi un bon sens du réseau !

 

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