Marée Haute
Au bord d’un étang, dissimulée dans les hautes herbes, une grue blanche veille sur son nid. L’œuf a éclos, mais le poussin reste immobile. Inquiète, la grue lui effleure doucement la patte. Aucune réaction. Il est mort-né. Dévastée, elle s’élance soudainement vers le ciel. Au sommet d’un phare, un jeune garçon scrute l’horizon. Devant lui, la mer s’étend à perte de vue, sillonnée par des bateaux de pêche. Il souffle dans son sifflet et fait signe aux marins. Sur un bateau, un pêcheur lui adresse un sourire, tandis qu’un autre lance un filet par-dessus le pont qui se fond dans l’eau. Autour d’eux, des mouettes tournoient paisiblement. En contrebas du phare, dans les rochers, des pêcheurs attendent d’avoir une prise. Derrière quelques rochers supplémentaires, le jeune garçon ramasse des coquillages et des moules. Plus loin, la grue apparaît entre les rochers. Son regard perçant repère un poisson. Elle prend le temps d’anticiper son action avant de plonger la tête. Mais en remontant, son cou se retrouve piégé dans un filet de pêche lesté abandonné. Elle se débat violemment, ce qui l’emmêle davantage. Interpellé par le bruit, le garçon tend l’oreille. Un cri d’oiseau inconnu perce le vent. Intrigué, il escalade les rochers et découvre l’oiseau emprisonné, luttant sans succès. L’enfant s’approche et coupe ses liens sans hésiter. Dans la panique, l’oiseau, libéré, se relève brutalement et renverse l’enfant. Un instant figé les place face à face. La grue est immense et élancée. Elle s’avance lentement, fascinée par cet enfant. Lui, recroquevillé, tremblant, coincé entre peur et émerveillement. Puis, un long échange de regards apaise les tensions. Elle ne le quitte pas du regard jusqu’à déployer ses ailes et s’envoler. Le ciel s’assombrit rapidement. Des nuages s’amassent, masquant peu à peu la lumière. La grue fend l’air, glissant entre mer et cieux. À son passage, l’orage s’intensifie et les derniers rayons lumineux disparaissent. Le vent se lève, la pluie tombe. Depuis la cabine du phare, le garçon, dépassé, assiste au déchaînement des éléments. Les vagues heurtent avec frénésie les rochers, engloutissant la plage. Les bateaux luttent contre les flots avant d’être emportés. La grue plane sans aucune difficulté, orchestrant la tempête. Dans la lueur intermittente du phare, son regard brille d’une étrange satisfaction. Puis, soudain, tout s’éteint. Quand la lumière revient, la mer est apaisée. Des débris flottent autour du phare, solitaire au milieu des eaux. La grue atterrit sur la carcasse d’un bateau à la dérive, attrape un poisson, puis s’élève vers la tour. Le garçon, coincé seul sur le phare, fixe l’horizon. Derrière lui, l’oiseau relâche sa prise sur un tas de poissons déjà offerts. Le garçon les observe, silencieux, avant de lever les yeux vers l’océan. Derrière lui, la grue s’installe, approche sa tête de celle de l’enfant, le fixe avec amour, et il la regarde en retour.
Marée Haute - Film
Clara Jordan
Promotion 2025
Spécialisation cinéma d’animation
Après avoir présenté mon projet de signalétique du métro parisien pour l’obtention de mon bac STD2A en 2017, j’ai intégré l’école Penninghen en section graphisme. Après trois années d’études, j’ai choisi de me réorienter vers le dessin d’animation, un domaine qui correspondait davantage à mes aspirations. Durant cette période, j’ai effectué un stage auprès de ShihYen Wang, étudiante en master cinéma d’animation à l’ENSAD, pour la réalisation de son film La Confiture de Papillon. C’est à cette occasion que j’ai animé pour la première fois. En 2020, j’entre à l’école Émile Cohl. L’été suivant, j’effectue un stage chez Lardux Films en tant que rough animatrice sur La Bicyclette et le Vélo de Roxane Campoy. En 2023–2024, je rejoins Sentio Space à Londres pour réaliser un court épisode animé. J’intègre le master Concepteur Artistique / Réalisateur en Cinéma d’Animation et participe aux projets Demi-Jour et Cep Chaos. En 2025, je réalise mon film de fin d’études Marée Haute et effectue mon stage chez Lupus Films à Londres.